L’adultisme

Cet article n’est en aucun cas accusateur ou moralisateur. Il est destiné aux personnes qui ont envie d’avancer dans leur cheminement vers une parentalité plus respectueuse de leur enfant. Si ce n’est pas votre cas, c’est votre choix. Pour celles et ceux qui ont envie d’avancer, n’ayez pas peur. Ne prenez rien pour vous personnellement, dites vous que toutes nos actions sont dictées par notre conditionnement, notre éducation et la société dans laquelle nous vivons. Nous pouvons essayez de nous en défaire, mais ça demande du temps, de l’énergie et du courage. Pour certains ce sera une évidence pour d’autre un chemin semé d’embuche. L’important est que vous soyez en accord avec vous-même.

L'adultisme, qu'est ce que c'est ?

Barry Checkoway de l’université d’Ann Arbor dans le Michigan définit l’adultisme comme ça : « Tous les comportements et les attitudes qui partent du postulat que les adultes sont meilleurs que les jeunes, et qu’ils sont autorisés à se comporter avec eux de n’importe quelle manière, sans leur demander leur avis. »

Pour faire simple, c’est l’ensemble des choses qu’il est toléré aux adultes de faire parce que ce sont des adultes et que l’on refuse aux enfants sous prétexte que ce sont des enfants.

Si on y regarde de plus près, la vie de nos enfants est régie par nos actes adultistes. Je dis bien « nos », car la plupart d’entre nous (moi y compris) avons été élevé dans un climat où les adultes sont persuadés d’être plus à même que les enfants de décider de tout. Il est très difficile de s’en défaire, mais il est important d’essayer.

Qu’est ce qu’il se passe quand on utilise une position adultiste avec nos enfants ?

On inculque aux enfants que ce sont les adultes qui ont le pouvoir de décider pour eux. Ce sont des adultes, donc ils prennent de bonnes décisions parce que ce sont des adultes. Ce qui insinue que celui qui a le pouvoir peut contrôler sans équivoque celui qui en a moins. C’est pourtant ce que la plupart des adultes aimeraient voir s’arrêter sur Terre : les guerres de pouvoir.

Mais comment cela pourrait cesser si nous sommes les premiers à le tolérer dans nos foyers ?

Pourquoi dans certaines conditions les adultes seraient autorisés voir encouragés à punir, frapper, menacer, priver de plaisir les enfants alors que si c’était une relation d’adulte à adulte ça serait interdit ?
Sous prétexte d’éducation nous ne devons pas tout tolérer.

Cette considération que l’adulte est plus à même de prendre des décisions que l’enfant nous vient surtout de notre propre éducation, et de l’éducation de nos parents et ainsi de suite. Et c’est d’ailleurs pour ça que c’est si difficile à entendre. La prise de conscience n’est pas facile mais elle n’est pas impossible.

Les adultes d’aujourd’hui n’ont pas le temps, ils n’ont plus le temps de grand-chose. Et ceux qui en pâtissent les premiers ce sont les enfants. On ne laisse pas les enfants s’habiller ou se chausser seuls, faire la cuisine, ranger la maison car avec eux ça prend du temps, beaucoup plus de temps que si on le fait seul et le temps on n’en a pas.
Mais si on ne leur apprend pas, comment pourrait-il développer leurs compétences et développer leur autonomie ?  Si vous n’apprenez pas à votre enfant à se servir d’un couteau car c’est trop dangereux par exemple, et bien il n’apprendra jamais car ce n’est pas quelque chose qu’il pourra faire dans un autre contexte.

J’entends déjà s’élever les voix, oui mais je ne veux pas d’un enfant roi, qui croit que tout lui est permis etc… vous pouvez aller lire l’article «»

Pour résumé, ce fonctionnement de domination des adultes/soumission des enfants :

  • Apprend aux enfants que les plus petits/ les plus faibles ont moins de pouvoirs. L’enfant n’attend alors qu’une chose, grandir pour cesser d’être dominé et méprisé, il veut grandir pour avoir enfin le droit d’exister comme bon lui semble. Certains adultes vont même jusqu’à s’empêcher de se distraire car ils ont « passé l’âge ».

  • Fait que les enfants enregistrent qu’ils ne peuvent pas espérer de la compréhension et du soutien de la part des adultes. C’est malheureusement des cas de plus en plus fréquents qui se traduisent souvent par des cas de harcèlement/violence que les enfants taisent. Les enfants n’ont pas forcément la confiance nécessaire pour crier à l’aide, ils peuvent oser le dire à leur parent et que le corps enseignant lui ne réagisse pas, pour tout un tas de raison.

  • Et ils fonctionnement dans ce qu’Yves Bonnardel appelle « l’éducation à l’incompétence ». Les enfants sont de plus en plus restreints dans tout ce qui les concerne.

Des exemples concrets

L’enfant est considéré comme « inférieur » et par conséquent, il est jugé normal de lui infliger des comportements qui seraient pourtant, inenvisageable entre adultes.
Avez-vous déjà vu ou entendu un adulte, augmenter le niveau de punition sous prétexte que le puni a manifesté son mécontentement face à l’autorité du punisseur ? Ce n’est pas rare qu’un enfant voit sa punition être multipliée parce qu’il a osé émettre un jugement sur celle-ci.

L’adultisme regroupe plusieurs choses comme par exemple :

  • Le fait que les parents décident du temps passer sous la douche/dans le bain, sans prendre en compte les besoins de l’enfant. Peut-être a-t-il eu une journée plus compliquée, peut être que ce soir il a besoin d’un peu plus de temps pour se détendre
  • Le fait que les parents décident à quelle heure l’enfant doit se coucher, parce que le parent sait mieux que l’enfant lui-même quand il est fatigué (ou il veut juste être un peu tranquille et pouvoir regarder un film pénard)
  • Le fait que l’enfant n’a pas le droit à l’erreur sous prétexte d’être catégorisé de maladroit. Si l’enfant renverse un verre il aura une réflexion, si c’est un adulte il n’aura souvent aucun commentaire.
  • Le fait que les enfants n’ont pas le choix de ce qu’ils portent (ni du style de leur vêtement, ni de la « chaleur » de leurs vêtements), ni le choix de ce qu’ils mangent
  • Le fait que sous prétexte d’être adulte on puisse transgresser les règles: dire des insultes, boire (sauf alcool) ou manger certaines choses
  • Le fait qu’on puisse partager des photos qui mettent en scène les enfants dans des situations de difficulté, et que ça fasse rire
  • Le fait que l’on puisse utiliser la force physique sur les enfants dans certaines situations (la fessée est interdite depuis trop peu de temps, 2019) alors que sur les adultes c’est interdit depuis bien longtemps.

Un autre exemple, pour les fans de Disney

Je ne sais pas si vous connaissez le dessin animé Rebelle, pour faire court l’histoire commence avec une super relation entre Mérida (Rebelle) et sa mère (Elinor), compassion, bienveillance tout semble parfait.

Merida grandit puis un jour elle doit prendre son rôle de princesse, le rôle que sa mère a choisis pour elle, sans la consulter. Plus que le rôle qui est « logique » puisqu’elle est la descendante du roi. C’est la manière dont elle doit le faire qui pose soucis ici. Elle ne lui a pas demandé son consentement et lui impose sa vision de la vie.

Je vous retranscris un passage du film :

La mère « J’en ai plus qu’assez de tes caprices jeune fille »

Mérida « c’est vous qui m’avez forcé à agir ainsi. Vous n’essayez même pas de comprendre […] »

La mère « Je suis la reine alors c’est à toi de m’écouter »

Mérida « Vous n’êtes jamais là pour moi, ce fameux mariage c’est ce que vous souhaitez, vous demandez vous ce que moi je souhaite ? non ! Vous passez votre temps à me dire ce que je dois faire ou ne pas faire. Vous tenez absolument à ce que je sois comme vous. Et bien je vous le dis je ne serais jamais comme vous »

La mère « tu te comportes comme une enfant »

On est là face à un discours totalement adultiste, ici l’adulte se croit supérieur à l’enfant, pense que sous prétexte qu’il est un adulte il peut imposer tout un tas de choses à son enfant.
La mère impose ici à son enfant, ses règles, ses coutumes mais elle veut aussi lui imposer un époux. A partir de quel moment un parent à le droit de disposer du corps de son enfant sans son consentement ? Comment voulez-vous qu’ensuite les adultes sachent ce que veut dire consentement dans une relation adulte/adulte. Si l’enfant n’a lui-même pas été respecté, le respect intervient à tous les niveaux dès que ça touche le corps de l’enfant (change, hygiène, auto médication etc…), forcer un enfant à faire de son corps quelque chose qu’il n’a pas voulu, lui enlève la notion de consentement. Si le sujet vous intéresse vous pouvez aller lire notre article sur le consentement, « consentement : le grand oublié ? »

Alerte SPOIL : Pour ceux que ça intéresse, Merida va voir une sorcière pour lui demander un enchantement afin que ça mère change d’avis sur le mariage. Elle fait alors manger un gateau ensorcelé à sa mère qui se transforme en ours. Toutes les deux vont devoir essayer de se sortir de cette situation, seules contre tous. Leur relation va alors devenir de plus en plus complices. Et au final, la mère revient sur ce qu’elle demandait à sa fille « chacun doit être libre de son destin « , dit-elle.

fanny vella et si on changeait d'angle

L’illustratrice Fanny Vella met en lumière ces situations qui paraissent anodines lorsqu’elles sont vécues avec des enfants mais totalement loufoques lorsqu’elles mettent en scènes des adultes.

 

Mais alors, que faire ?

Lâchez prise et n’ayez pas peur de vous poser des questions et de vous remettre en question.

Je vais vous énumérer une liste de question, essayez d’y répondre sincèrement. Prenez ensuite le temps, à froid de revenir sur vos réponses et demandez vous si vous trouvez vraiment ça légitime ?

  • Est-ce que ça me parait normal d’instaurer une relation d’égal à égal avec mon enfant ? Est-ce que ça me fait peur ?
  • Pourquoi ai-je peur que mes enfants puissent s’exprimer librement ?
  • Ai-je peur d’être jugé trop laxiste ? de devenir trop laxiste ?
  • Les interdits que je pose sont-ils perçus comme sécuritaires ou arbitraires pour mes enfants ?
  • Est-ce que je choisis l’emploi du temps de mes enfants selon mon état à moi ? (l’heure du couché selon mon état de fatigue, l’heure du repas selon mon propre appétit …)
  • Les rituels mis en place sont-ils agréables au quotidien ou source de conflit ?
  • Est-ce que le fait d’user de ma position « d’adulte » : punition, chantage … me permet d’établir une relation de confiance avec mon enfant ?

Prenez le temps qu’il faut, posez vous une question après l’autre. Je vous souhaite que ces petites questions puissent vous permettre une certaine remise en question si c’est nécessaire.

Peut-être, que vous réussirez à oublier ou à changer des règles que vous aviez établies et qui finalement ne vous paraissent plus indispensables.

Les enfants ont besoin de comprendre ce qu’on leur demande, alors plutôt que d’imposer des règles arbitrairement vous pourriez lui présenter les règles restantes comme nécessaires, nécessaires pour sa sécurité et celle des autres.

Après avoir fait le même cheminement que vous, répondu aux mêmes questions. J’en suis arrivé à une conclusion, qui n’engage que moi pour le coup. Je pense que nous adultes devrions nous contenter de poser un cadre sécuritaire pour l’environnement de l’enfant, le reste ce serait à l’enfant de le construire. Il me reste aujourd’hui encore un long chemin à parcourir pour me défaire de toutes mes pensées et actions adultitstes, mais j’y travaille. Je fais de mon mieux pour mes enfants, pour notre relation et pour ce que je veux leur transmettre comme valeur : « chaque être humain quel qu’il soit est légitime, mon enfant tu es légitime, aussi légitime que moi »
Pour la plupart d’entre nous, il est encore difficile de s’extraire totalement de ce positionnement adulte/enfant. Mais, j’ai espoir qu’un jour on puisse y arriver.

Teresa Graham-Brett, éducatrice et auteure, a écrit qu’il est nécessaire d’être en cohérence dans notre rôle de parent et dans les valeurs que nous défendons. Elle dit alors : « Nous pouvons insuffler le changement que nous désirons voir émerger dans le monde. Pour cela, nous devons commencer avec la relation la plus importante que nous avons en tant que parents : celle que nous construisons avec nos enfants.
Si nous parvenons à éliminer l’adultisme au cœur de ces relations parents-enfants, alors l’actuelle génération d’enfants pourra voir le monde avec des yeux différents.
Mieux encore, ils pourront agir à partir de cette nouvelle façon de voir les choses. S’ils n’ont pas expérimenté le sentiment d’être déshumanisés, négligés et marginalisés en tant qu’enfants, ils n’auront pas besoin de perpétuer l’injustice sur d’autres quand ils grandiront et auront davantage de pouvoir dans leur vie. S’ils ont expérimenté la confiance, le respect et la solidarité comme modèles de référence, alors ils pourront incarner le changement dont notre monde a besoin »

Seriez-vous prêt à revoir votre parentalité ? Pour savoir si c’est le cas, vous pouvez essayez de vous poser les questions suivantes (seul ou à 2) :

  • Est-ce que je suis prêt à considérer mon enfant comme mon égal en droits ?
  • Est-ce que je suis capable de nous autoriser (à mon enfant et à moi) des choses qui ne seraient pas « de notre âge » ?
  • Est-ce que je suis prêt à laisser mon enfant prendre des décisions lorsque celles-ci le concernent ?
  • Est-ce que je suis prêt à trouver des compromis qui conviennent à tous afin de ne plus avoir recours à la domination pour imposer mes décisions ?

Je vous souhaite une bonne route vers ce cheminement, sachez que vous n’êtes pas seuls. Mais sachez surtout que vous êtes l’avenir. Dès à présent je peux vous dire merci, vous pouvez aussi vous remercier pour tout ce travail que vous faites et qui n’est, malheureusement, pas encore reconnu à sa juste valeur. Soyez convaincu de ce que vous faites !

Sources :

  • https://www.oveo.org/ladultisme-ce-poison-invisible-qui-intoxique-nos-relations-avec-les-enfants/
  • http://www.nuatc.org/articles/pdf/understanding_adultism.pdf
  • https://apprendreaeduquer.fr/la-domination-adulte-reflexions-sur-ladultisme/
  • Lecture : Yves Bonnardel : La domination adulte. L’oppression des mineurs, septembre 2015
  • Teresa Graham Brett, Transform childhood, transform the world. Parenting for social change, février 2011
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