Jouer avec des enfants : comment accompagner les parties perdues ?
Pendant les premières années de sa vie, l’enfant ne va pas être énormément confronté aux jeux qui font intervenir un gagnant et un perdant. Généralement, s’il est en compétition c’est uniquement avec lui même.
Mais en grandissant, il va très vite être confronté à des jeux qui font intervenir au moins un gagnant et au moins un perdant. Mais alors comment réagir quand ça semble difficile pour lui d’accepter de perdre ? Est-ce qu’il existe une méthode unique pour apprendre aux enfants à ne pas être de « mauvais perdant » et à développer sereinement son autonomie ?
Pourquoi les enfants n’aiment pas perdre ?
Le fait de gagner ou de réussir est associé à un processus d’information particulier au niveau du cerveau : la satisfaction ressenti en gagnant à un jeu résulte d’une action de la part du cerveau, il active un « système de récompense » et sécrète de la dopamine, l’hormone associée au plaisir.
Quand un enfant perd ou est en situation d’échec, au contraire, son corps va sécréter du cortisol : l’hormone associée au stress. La sensation et l’émotion associée peuvent être désagréable, et qui a envie de ressentir des choses désagréables ? Personne.
La notion de perdre chez les enfants ne s’arrête pas au jeu, perdre peut prendre une autre dimension. La perte de l’amour de quelqu’un, la perte d’un être cher, la perte d’un objet auquel il tient. Tout ça est lié aux émotions qu’il ressent. Avant l’âge de 7/8 ans, l’enfant n’est pas toujours en mesure d’apprivoiser et d’accompagner ses émotions, c’est pourquoi il est parfois difficile de perdre à un jeu.
A ce moment là, l’enfant peut passer par différentes émotions et différents sentiments, notamment :
- L’enfant peut avoir l’impression de n’avoir de l’intérêt pour les autres que s’il gagne.
- L’enfant peut avoir l’impression qu’il est nécessaire d’appartenir au groupe des gagnants pour appartenir à un groupe.
- L’enfant veut faire les choses bien et à fond, gagner serait donc la finalité logique de son implication.
- L’enfant peut remettre en cause son estime de lui quand il perd, il peut facilement s’associer à la défaite et donc penser qu’il est « nul ».
- L’enfant peut aussi avoir déjà intériorisé un message de la société : il faut gagner pour réussir.
- Le développement émotionnel de l’enfant est en constante adaptation, jusqu’à 7/8 ans environ il va régulièrement avoir besoin d’entraîner sa flexibilité d’esprit et d’apprendre à gérer sa frustration. La colère est un sentiment sain, encore faut il savoir quoi en faire.
J’ai perdu ou je n’ai pas gagné ?
L’impact des mots est toujours très important quand on vit avec des enfants.
Vous allez me dire que je joue sur les mots, mais le langage verbal à tout autant son importance que le langage non verbal dans la communication avec les autres. C’est une nuance subtile pour certains et ça prend tout son sens pour d’autres.
Quand on perd, on voit souvent un sentiment négatif apparaitre.
Je ne suis pas assez, je n’ai pas réussi, j’aurais pu faire mieux.
Quand on n’a pas gagné, c’est plutôt un sentiment neutre qui apparait.
Ce sera pour une autre fois, je me suis amusé et j’ai partagé un bon moment quand même
Laisser gagner un enfant : bonne ou mauvaise idée ?
A mon sens, il n’y a pas de réponse toute faite à cette question. Chaque situation, chaque enfant, chaque parent est différent, et comme dans tous les domaines de la parentalité, il devrait y avoir des nuances et des possibilités diverses de réagir.
Il y a plusieurs éléments à prendre en compte avant de dire s’il peut être utile ou non de laisser gagner l’enfant.
- L’âge de l’enfant
- Le jeu proposé
- Les capacités de l’enfant
- La personnalité de l’enfant
- La sensibilité de l’enfant
L’âge de l’enfant
Même si vous savez que je ne suis pas trop faire une fixette sur l’âge, c’est quand même ici un élément important parce que ça permet de savoir si l’enfant est en capacité ou non, de comprendre et d’appréhender ses émotions. Est ce que le cortex préfrontal est suffisamment développé pour permettre à l’enfant de comprendre ce qui se joue en lui ?
Le jeu proposé
Les jeux proposés doivent répondre à un besoin de l’enfant et surtout à ses possibilités (intellectuels et/ou physiques). Pour prendre du plaisir à jouer, il faut que chacun puisse être challenger sans que la difficulté ne soit trop importante. L’idéal est de proposer dès que possible des jeux coopératifs qui vont permettre de mettre en avant et de développer autant les compétences individuelles que collectives.
Les capacités de l’enfant
Chaque enfant a des capacités différentes à des âges différents, certains enfants sont lecteurs très jeunes, certains ont des capacités de mémorisations très développées, certains peuvent compter facilement et rapidement. Pour susciter l’intérêt et l’enthousiasme chez l’enfant, il est important de prendre en compte ses possibilités, car plus un enfant prendra plaisir à jouer, moins une défaite sera difficile.
La personnalité et la sensibilité de l’enfant
Chaque enfant est différent, et mieux que quiconque vous connaissez vos propres enfants. Certains enfants sont très sensibles au regard ou au jugement qu’ils portent sur eux mêmes, et ce malgré que vous les ayez accompagné très jeune à développer leur estime d’eux même. Les personnalités varient d’une personne à l’autre, chez les enfants comme chez les adultes. Adaptez vos « stratégies » et vos croyances à l’enfant qui se trouve en face de vous.
Et concrètement ?
Permettez à votre enfant de gagner en confiance et en compétence en adaptant vos réactions dès que nécessaire.
L’idée c’est de permettre à l’enfant de s’exprimer, de consolider ses acquis et de développer ses compétences et ses stratégies. Et pour ça, il n’y a pas qu’une seule manière d’y arriver,
- Il pourra y arriver en essayant et réessayant, plusieurs fois
- Il pourra y arriver en observant votre façon de faire
- Il pourra y arriver en écoutant et en appliquant vos conseils (s’il les a sollicités)
- Il pourra y arriver en s’aidant d’une autocorrection
Une astuce ?
Adapter le rythme des parties gagnées et des parties perdues.
On ne peut pas toujours gagner, j’entends cet argument, mais encore faut-il être à armes égales pour que le jeu soit loyal.
Vous pouvez faire des parties avec votre enfant pendant lesquelles vous lui exposez vos stratégies, vous donnez des pistes de réflexion, vous suscitez sa curiosité et son envie de se dépasser. Et pour développer toujours plus, son envie de jouer et de recommencer, permettez lui de gagner, avec panache et brio dès que possible.
Définissez vous même un quota qui vous semble logique, qui ne le mette pas en difficulté et qui lui permet d’apprendre.
Vous pouvez partir sur 9 parties gagnées / 1 partie non gagnée. Et vous ajusterez ensuite le quota selon l’évolution de son expertise, et les réactions que l’enfant expose à chaque partie non gagnée.
Accompagner un enfant lors d’une partie perdue
Je pense qu’il n’y a pas de réponse toute faite à cette question, mais qu’il est important aussi de comprendre que laisser gagner un enfant, selon les circonstances, ne va pas :
- Le rendre mauvais perdant
- Le rendre incapable de comprendre et d’accepter la frustration pour le reste de sa vie
- Le rendre narcissique au point qu’il se sentira le meilleur du monde
- Le rendre dépendant du fait de gagner
Au contraire, je pense que dans certaines situations, vous allez pouvoir lui permettre :
- De développer ses stratégies et ses compétences
- De développer sa confiance en lui et par conséquent son estime de lui
- De comprendre qu’on peut gagner ou perdre, sans que ça n’altère le plaisir de jouer
- D’apprivoiser, toujours davantage, ses émotions
Aider un enfant à surmonter le fait de perdre
Au moment où l’enfant se rend compte qu’il n’a pas gagné la partie, peut se jouer en lui, beaucoup d’émotions, plus ou moins agréables. Et parfois, il se sentira submerger et ne saura pas comment les apprivoiser, c’est à ce moment là que les enfants peuvent avoir des gestes inadaptés ou qui nous semblent démesurés.
Accueillir les émotions comme elles sont
Les émotions, quelles qu’elles soient sont légitimes. Les mots utilisés sont extrêmement important, et pour préserver au mieux la relation c’est mieux d’éviter de minimiser les émotions ressenties.
Evitez autant que possible les phrases comme “c’est pas grave” , “ce n’est qu’un jeu” , “c’est pas la peine de t’énerver” , “calme toi‘” mais aussi les mots qui peuvent blesser, coller des étiquettes et juger “tu es pénible” ,”c’est fatiguant de jouer avec toi”, “tu es un mauvais perdant”…
Si vous sentez que c’est trop compliqué pour vous de gérer sereinement ce moment là, prenez le temps de respirer, de souffler avant de parler, et n’échangez avec votre enfant qu’une fois que vous avez regagné en sérénité. Vous pouvez opter pour des tournures de phrases comme :
- Cela peut être difficile de…
- C’est énervant quand ça ne se passe pas comme tu veux.
- Tu peux être fâché(e) mais je ne peux pas te laisser …
Si l’enfant n’arrive pas à mettre des mots lui même sur ce qu’il ressent vous pouvez essayez de lui proposer des idées.
- Tu es triste parce que tu aurais aimé gagner. Tu as l’impression de ne pas avoir été à la hauteur ?
- Tu avais tellement envie de gagner et ça te donne envie de tout jeter par terre tellement tu es triste et en colère.
- Tu te dis que c’est injuste, que ça devrait être toi le gagnant.
- Tu es fâché contre toi-même parce que tu n’a pas réussi et aussi contre nous parce qu’on t’a battu ?
Donner l’exemple
Certaines croyances populaires erronées disent qu’un enfant à qui on apprend pas la frustration ne serait pas gérer les frustrations qu’il rencontrera ensuite dans la vie. Moi je ne suis pas d’accord. Les frustrations volontaires ne sont ni plus ni moins qu’une forme déguisée de violence éducative ordinaire.
Je pense, et je suis même sure, qu’il est possible de faire comprendre à un enfant que jouer c’est amusant, et que gagner n’est pas une fin en soi, sans avoir recours à la frustration.
Comme dans toutes les situations vous êtes le meilleur exemple pour votre enfant. Dans ces moments de jeu, les neurones miroirs prennent toute leur place, les enfants vont analyser votre manière de jouer, les stratégies que vous allez mettre en place pour arriver à votre but mais aussi vos réactions tout au long de la partie.
Pour aider un enfant à prendre confiance en lui, tout en donnant l’exemple vous pouvez par exemple :
- Valider chaque action intéressante, qu’elle amène au but final de gagner ou non
- Souligner les efforts de chacun pour la bonne mise en pratique de la stratégie commune
- Partager vos stratégies pour développer les capacités de votre enfant
- Quelque soit l’issue du jeu exprimez vos émotions avec sincérité en insistant sur le plaisir que vous avez eu à partager ce moment ensemble
Les jeux coopératifs : une bonne entrée en matière
Les jeux coopératifs sont les premiers jeux qui devraient être proposées aux enfants. Ce sont des jeux qui permettent à chaque joueur d’avoir un objectif commun. L’entraide et la solidarité sont les éléments nécessaires pour que cet objectif puisse aboutir.
Chaque joueur devra se mobiliser dans l’intérêt commun, et tous les joueurs devront se concentrer ensemble et parfois établir une stratégie commune. L’idée ne va pas être de gagner sur l’adversaire mais de faire équipe pour gagner ensemble… ou de perdre ensemble.
Les jeux coopératifs sont vraiment de merveilleux outils pour développer des valeurs fortes auprès des enfants, si le sujet vous intéresse vous pouvez retrouver plus d’informations dans cet article « les jeux coopératifs pour développer des valeurs fortes« .
Sinon quel jeu choisir ?
Les jeux de sociétés
A partir de 4 ans environ, les enfants commencent à s’intéresser aux jeux de sociétés
Ce sont des jeux qui sollicitent à la fois : la mémoire, l’intuition, la logique mais aussi un peu de stratégie.
Ce qui est souvent nouveau c’est que les règles sont précises et que tous les joueurs doivent suivre les même. C’est à ce moment là, que l’enfant va commencer à découvrir des sentiments moins agréables : déception, tristesse, sentiment d’injustice.
Les jeux de hasard
Il existe des jeux où seul le hasard permet de définir un gagnant. Ce sont des jeux pour lesquels il est plus facile pour l’enfant d’admettre qu’il n’a pas gagné, parce qu’il n’y a pas de responsabilité si ce n’est celle du hasard.
Le jeu est un formidable outil de développement pour l’enfant, d’ailleurs André Stern en a fait tout un livre Jouer, faisons confiance à nos enfants. Plus qu’un outil d’apprentissage le jeu permet de d’apprendre durablement, et efficacement tout ce qui passionne. Apprendre la vie grâce au jeu c’est possible, des valeurs fortes sont transmises par le jeu et les liens qu’ils créent sont très forts.
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